



La transmission de père en fille
Pour Éléonore Latour, l’idée de rejoindre le domaine a toujours été présente en filigrane. Si, comme femme, elle reconnaît la portée symbolique de cette passation, elle la vit avant tout comme une continuité familiale associée à la responsabilité de faire grandir ce que ses prédécesseurs ont construit.
« Nous sommes des gardiens temporaires de notre héritage, confie-t-elle. Notre rôle est justement de protéger notre patrimoine et notre histoire pour les générations d’après. »
- Éléonore Latour -


Ainsi, celle qui se voit comme un maillon de cette grande histoire cherche à honorer le passé tout en préparant l’avenir.
Selon elle, l’une des clés de la longévité de la Maison Latour se résume d’ailleurs par ce précieux conseil de son père : « évolution, pas révolution ». C’est-à-dire avancer sans chambouler l’existant, avec patience et respect du temps long, à l’image des vignes qui demandent plusieurs années pour atteindre leur plein potentiel. Cette évolution se traduit par la formalisation de certaines démarches et la réduction de l’empreinte carbone de la Maison.
Être une femme dans le monde du vin
Éléonore Latour note une évolution dans le milieu viticole bourguignon empreint de tradition. Les femmes l’investissent à tous les niveaux : viticulture, œnologie, commerce, direction… Arrivée à la Maison Louis Latour à l’âge de 25 ans, elle dit avoir eu à prouver sa légitimité et sa capacité d’engagement dans la durée davantage en raison de son âge que de son genre.
Elle attribue son approche collaborative, conciliante et attentive aux équilibres au fait d’être une femme, mais sa vision de leader est à son avis surtout conditionnée par son âge, sa vie au milieu des vignes et ses études de droit :
« De par mon âge et l’environnement où j’ai grandi, je suis très sensible à la protection de la biodiversité et au développement durable. De par mon parcours, je suis sensibilisée aux aspects juridiques et commerciaux de nos problématiques, ainsi qu’aux aspects de gouvernance. »
- Éléonore Latour -
L’humain en réponse aux défis contemporains
Les enjeux viticoles ont profondément évolué depuis l’époque de son grand-père. Il n’y a pas si longtemps, le défi était de savoir si les raisins seraient mûrs pour vendanger fin septembre ou début octobre. Aujourd’hui, les vignerons et vigneronnes doivent faire face à des événements climatiques extrêmes et imprévisibles, explique-t-elle.
La solution réside dans l’humain sur le terrain : adapter la taille du feuillage, la rapidité des vendanges ou le nombre de personnes mobilisées en cuverie permet de préserver la qualité des raisins et de répondre aux aléas d’années difficiles. Sur le plan commercial, le lien humain est aussi la clé de la pérennité : il s’agit de rendre le vin accessible, de démystifier les cépages, terroirs et appellations, et d’en montrer l’intérêt culturel, œnologique et gastronomique.
Aux yeux d’Éléonore, l’essentiel à préserver demeure la qualité des vins, ce qui en fait la beauté. Protéger la qualité du vin, c’est prendre soin du fruit, de l’environnement dans son ensemble et de l’héritage qu’elle veut transmettre aux générations futures bien au-delà du vignoble.
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