Aux États-Unis et au Canada on considère que l’alcool est le mal du siècle, que les ouvriers tombent dans les pires vices et que cela les éloigne de leurs devoirs domestiques et de la moralité chrétienne. Bref, on a peur des effets que provoque l’alcool, qui est de plus en plus accessible. Un mot revient sans cesse: prohibition.

Aux États-Unis, la loi Volstead est adoptée en 1919 et entre en vigueur au début de 1920. La production, la distribution et la vente d’alcool deviennent interdites pour tous les produits de plus de 0,5 degré d’alcool. La contrebande prend d’assaut le marché et des gangsters comme Al Capone, Lucky Luciano ou encore Bugsy Siegel s’emparent de différents territoires. Le commerce de l’alcool devient une activité au cœur de la mafia américaine, qui trouve, au Canada, un endroit où s’approvisionner.

Montréal la rebelle

Au Canada, la situation est complexe. Si les mouvements de tempérance sont tout aussi actifs, les moyens d’action pour enrayer ce qu’on considère comme un vice sont légèrement différents. En 1850, on tâche d’encadrer un peu mieux le commerce de l’alcool avec l’Acte pour mieux réprimer l’intempérance. Puis, en 1864, la loi Dunkin permet aux différentes municipalités d’interdire la vente d’alcool. Cependant, pour entériner un tel règlement, une majorité de voix doit être obtenue à la suite d’un référendum.

Quelques années plus tard, en 1878, la loi Scott vient renforcer la loi Dunkin en spécifiant que si 25% des électeurs d’une municipalité réclamaient un référendum sur le sujet, on irait de l’avant. Avec les années, plusieurs villes décident ainsi de proposer à leur population de voter en faveur ou non de l’interdiction de la vente d’alcool.

En 1919, près de 90% des municipalités québécoises, soit 1150 villes, sont considérées comme des villes sèches, c’est-à-dire où la prohibition s’applique. À Trois-Rivières et à Québec, pas question de vendre de l’alcool, mais à Montréal et à Hull, les citoyens et les citoyennes ont le loisir d’en acheter et d’en consommer. Il faut dire qu’à partir des années 1920, Montréal devient la «Paris du Nord». Les musiciens jazz de New York ou de Chicago, comme Count Basie ou Duke Ellington, viennent présenter leurs spectacles dans le Red Light, où l’alcool coule à flots. La police et les autorités fermeront longtemps les yeux sur ces pratiques illégales, la corruption étant bien établie par la mafia.

Le Québec dit non à la prohibition

Les pressions sur le gouvernement du Québec de la part des mouvements de tempérance, mais aussi de la part du clergé, sont de plus en plus fortes au début des années 1920: on veut faire adopter la prohibition à l’ensemble de la province. Ailleurs au Canada, une tendance de plus en plus marquée s’observe déjà. En 1916, l’Alberta vote en faveur de la prohibition, et bientôt le Manitoba, et ensuite la Nouvelle-Écosse emboîtent le pas. Et ce n’est pas fini: se joignent ensuite au club, en 1917, la Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick.

La vague de la prohibition est aux portes du Québec. En 1919, le premier ministre Lomer Gouin prohibe toutes les boissons alcooliques dans l’ensemble de la province. Toutefois, lors d’un référendum, les Québécois votent majoritairement pour que la bière, le cidre et le vin léger soient exclus de la loi. On peut ainsi continuer à consommer des produits contenant moins de 2,5% d’alcool. Les grandes brasseries comme Labatt, Molson ou encore Sleeman s’adapteront à la nouvelle réalité en proposant des bières dites de tempérance, soit de moins de 2% d’alcool.

Cette loi n’est appliquée que durant deux ans. Contrairement à ce qui s’est fait dans d’autres provinces, le nouveau gouvernement de Louis-Alexandre Taschereau adoptera une position particulièrement originale, qui est à l’origine de la Commission des liqueurs. Plutôt que de fermer entièrement les robinets, l’État exercera un contrôle et assurera l’approvisionnement de l’alcool. Il s’agit ni plus ni moins du premier système de contrôle gouvernemental de l’alcool en Amérique du Nord. On peut d’ailleurs lire, dans le premier rapport annuel de la Commission: 

«Votre gouvernement s’est rendu compte que le moyen le plus sûr de contrôler efficacement la consommation des liqueurs alcooliques n’est pas d’en priver complètement les citoyens, mais par des mesures de discipline raisonnablement exercées, de les amener progressivement à l’usage d’un substitut moins nocif et de coût moins élevé.»

UN COCKTAIL SOUVENIR

Photo: Valeria Bismar


Caribou

La consommation de vin chaud et épicé, vers la fin du 19e siècle, fait partie des coutumes. Pour certains, le caribou est une préparation de vin chaud, populaire au Canada ; pour d’autres, il s’agit d’un cocktail bien québécois. Le caribou connaît une véritable popularité à partir des premières éditions du Carnaval de Québec en 1955.

Recette pour 1 personne

45 ml (3 c. à soupe) de porto
30 ml (2 c. à soupe) de sherry
15 ml (1 c. à soupe) de brandy
15 ml (1 c. à soupe) de vodka

Dans une petite casserole, faire chauffer à feu moyen-doux tous les ingrédients. Amener à ébullition, puis servir immédiatement dans le verre.

Un cocktail souvenir

CARIBOU

Dans les années 1960, à la Voûte Chez Ti-Père, commerce installé dans le Vieux-Québec, la recette de caribou telle qu’on la connaît aujourd’hui est mise au point. Elle contient du brandy, de la vodka, du sherry et du porto et devient la boisson de prédilection des «carnavaleux».

Apprenez-en davantage sur cette période de notre histoire et sur la création de la Commission des liqueurs

Photos: Archives SAQ